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Échanges : Christian Ziegler et Marc Albiac

Poursuivant notre nouvelle série, deux photographes animaliers professionnels (un vétéran de l'industrie et une étoile montante) échangent librement au sujet des pièges photographiques, de la préservation des espèces et de l'importance de se parler.
Une grive de couleur argile avec une baie rouge dans son bec est perchée sur une branche couverte de fruits de palmier.

Une grive de couleur argile mange un fruit de palmier dans une forêt du centre du Panama dans cette image capturée, par Christian Ziegler, un écologiste tropical devenu photographe naturaliste. Photo prise avec un Canon EOS-1D X Mark II (désormais remplacé par le Canon EOS-1D X Mark III) équipé d'un objectif Canon EF 300mm f/2.8L IS II USM et d'un multiplicateur Canon Extender EF 1.4x III à 420 mm, 1/320 s, f/4 et ISO 1250. © Christian Ziegler

Le photographe animalier et ambassadeur Canon Christian Ziegler, écologiste tropical de formation, travaille dans les forêts tropicales depuis plus de 25 ans. Le quadruple lauréat du prix World Press Photo est membre fondateur de l'International League of Conservation Photographers, et déclare : « Un travail significatif, pour moi, concerne la préservation : pas la jolie image, mais le contenu qui aide à préserver une espèce ou une zone. »

Ici, dans le deuxième de nos Échanges, où des photographes reconnus conversent avec des étoiles montantes dans leur domaine, Christian rejoint son collègue ambassadeur Canon Marc Albiac. Marc, qui a été lauréat du prix Jeune photographe animalier de l'année en 2014, est également étudiant en biologie et partage un intérêt pour la préservation des espèces. Les deux hommes ont échangé depuis leurs domiciles : Marc depuis Barcelone et Christian depuis le sud de l'Allemagne, près du lac de Constance, où il a récemment déménagé après 15 ans passés principalement au Panama.
Une photo en noir et blanc du photographe animalier Christian Ziegler.

Le photographe animalier Christian Ziegler a collaboré sur des projets avec National Geographic Society au Panama, au Pérou et au Bhoutan, il contribue régulièrement au magazine National Geographic et il a organisé des expositions partout dans le monde.

Le photographe animalier Marc Albiac muni d'un appareil photo Canon équipé d'un objectif long.

Né en 1999, Marc Albiac, étudiant et photographe naturaliste primé, a commencé à utiliser un appareil photo alors qu'il n'avait que cinq ans. Il recherche des conseils pour poursuivre son travail en photographie de préservation des espèces.

Marc : Puis-je vous demander comment et quand vous êtes-vous lancé dans la photographie ?

Christian : Tardivement ! J'avais 20 ans. J'ai suivi un cours pour apprendre le dessin, et j'ai réalisé que je n'étais pas doué pour cela. Je me suis intéressé à la photographie, car je pensais que je serais peut-être meilleur dans ce domaine. J'avais un vieil appareil photo. Ensuite, je suis parti en Thaïlande où je suis resté un an. À l'époque, peu de gens photographiaient la forêt tropicale et je voulais partager mon expérience avec mes amis. C'est ainsi que j'ai commencé à envisager sérieusement de prendre de belles photos. J'y suis retourné étudier la biologie, puis j'ai tout enregistré juste pour montrer aux gens ce que je faisais. C'était très scientifique, au début. Il y a 27 ans de cela. Je suis vieux !
Marc : Prenez-vous des photos près de chez vous habituellement ?

Christian : Dernièrement, oui, car j'ai commencé un nouveau travail avec le Max Planck Institute of Animal Behavior à Constance. Ils font des recherches incroyables, alors j'étais sur place et je les ai suivis sur le terrain lorsque cela était possible. Cependant, je m'occupe généralement des voyages internationaux pour Max Planck. Dans trois semaines, je partirai au Congo photographier tout l'écosystème du bassin du Congo.

Marc : Impressionnant. Combien de temps allez-vous rester au Congo ?

Christian : Un mois seulement, mais j'irai au moins six fois là-bas au cours des trois prochaines années. Documenter ce qui se passe dans cette zone est urgent, car ils ont un accord avec les villages pour ne pas chasser dans cette région. Il s'agit d'une zone très vaste, 120 kilomètres carrés, et je pense qu'elle est unique dans le bassin du Congo. La zone ressemble à l'Eden de l'Afrique, car il n'y a pas de chasse là-bas. On y trouve aussi une population normale de singes, de cochons et de bonobos. Mon reportage portera sur l'ensemble de l'écosystème : des plantes aux insectes en passant par les mammifères. De plus, je verrai comment était le bassin du Congo il y a 200 ans de cela.
Un technicien portant des gants blancs nettoie le capteur d'un appareil photo Canon.

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Une genette tachetée se dresse sur ses pattes arrière à l'entrée d'une grotte.

Marc a photographié cette genette, un carnivore élancé ressemblant à un chat, à l'aide d'un piège photographique qu'il a installé à l'entrée de la grotte dans laquelle vivait l'animal. Photo prise avec un Canon EOS-1D X Mark III équipé d'un objectif Canon EF 8-15mm f/4L Fisheye USM à 15 mm, 1/160 s, f/8 et ISO 800. © Marc Albiac

Une martre des pins se dresse au milieu d'une clairière, les arbres courbés autour d'elle ; photo prise avec un objectif fisheye.

Lorsque vous devez être patient et retourner encore et encore sur le lieu pour obtenir le cliché recherché, explique Marc, la satisfaction est encore plus grande lorsque vous parvenez enfin à vos fins. Cette superbe photographie d'une martre des pins, prise avec un objectif fisheye, était l'une des deux capturées par Marc après une longue attente. Photo prise avec un Canon EOS-1D X Mark III équipé d'un objectif Canon EF 8-15mm f/4L Fisheye USM à 15 mm, 1/400 s, f/7,1 et ISO 1600. © Marc Albiac

Marc : J'ai hâte de voir les photos que vous allez rapporter de ce voyage. Quels appareils photo et objectifs emporterez-vous avec vous ?

Christian : Je prendrai des appareils photo Canon EOS R5. Ils sont plus petits ! Je les utilise depuis six mois et la qualité est superbe. Pour moi, il est important que l'appareil photo soit également très silencieux.

Marc : Oui, car pour faire de la photographie rapprochée, il faut être silencieux.

Christian : Exactement ! À cause de l'humidité de la forêt, j'essaie de ne pas changer d'objectif trop souvent. J'utilise le Canon RF 100-500mm F4.5-7.1 L IS USM, le grand-angle Canon RF 15-35mm F2.8L IS USM, le Canon RF 100mm F2.8L Macro IS USM, et le Canon RF 24-105mm F4L IS USM pour les prises de vue générales en arrière-plan. J'ai aussi cinq flashs. J'aime utiliser le flash pour les petits sujets. Je crois que vous utilisez beaucoup le flash aussi ?

Marc : En fait, cela dépend de la situation. J'aime photographier les serpents, les grenouilles et toutes ces sortes d'animaux. Par conséquent, la plupart du temps je n'utilise pas de flash, sauf si je n'ai pas de lumière ou si je cherche à faire une photo spéciale. Dans la mesure du possible, pour être rapide, je les photographie avec la lumière naturelle.

Christian : Entendu. J'utilise beaucoup le flash, mais avec un réglage de correction d'exposition au flash de -1 ou -1,2 pour réduire son intensité, histoire de mettre un peu de lumière. Je pense que la plupart des animaux comme les grenouilles ne se soucient pas du flash, n'est-ce pas ?

Marc : Non, ils n'y font pas attention. Je suis allé au Costa Rica en février et la plupart de mes photos là-bas ont été prises pendant la nuit.

Christian : J'ai vu les photos. Elles sont superbes. Le Costa Rica est l'un de mes endroits préférés. Où êtes-vous allé ?
Marc : Merci. C'était génial. Nous sommes allés dans la partie centrale du Costa Rica et dans les forêts, avant d'aller au Corcovado. J'ai beaucoup photographié pendant la nuit, au flash, mais c'était la première fois que j'y allais, aussi nous n'avons pas vu beaucoup d'animaux. J'aurais peut-être dû essayer d'utiliser des pièges photographiques.

Christian : J'utilise des pièges photographiques depuis 25 ans. J'ai inventé le premier piège photographique numérique pour National Geographic en 2004. J'ai un nouveau système avec un Canon EOS 6D Mark II équipé d'un objectif Canon EF 17-40mm f/4L USM. Il s'agit un bon système et je vais l'essayer au Congo parce qu'ils doivent rester là-bas pendant deux ou trois ans. Pour l'éclairage, j'utilise un boîtier de piège photographique personnalisé avec trois flashs et un moniteur Wi-Fi du commerce. Ils sont tous sans fil, sans câbles, et entièrement étanches. J'espère qu'ils survivront à cette première année !

Marc : Ces pièges photographiques resteront là-bas pendant trois ans ? Ils parviennent à garder leur configuration ?

Christian : Oui. J'ai un assistant sur place pour assurer la maintenance une fois par mois : il change la carte mémoire et la batterie au lithium dure cinq à six semaines. J'ai vu sur Instagram que vous utilisiez des pièges photographiques ?

Marc : Oui, mais je ne les ai utilisés que la nuit, pendant quatre ou cinq heures. J'ai peu d'expérience en la matière, car chaque fois que je les ai essayés, je n'ai pas eu beaucoup de succès.

Christian : C'est normal. Je pense que 99 % des clichés sont ratés. Cela arrive à tout le monde, mais quand tout se passe bien, le résultat est vraiment incroyable. C'est la raison pour laquelle je les utilise. J'ai besoin de documenter la situation de créatures inconnues, et peut-être que je n'obtiendrai qu'une ou deux photos dans l'année, mais quand elles sont de bonne qualité, elles sont très spéciales, car ces animaux n'ont jamais été photographiés auparavant.
Une image en noir et blanc de plusieurs familles dans une large tente, avec des enfants en train de manger et des vêtements suspendus à des fils.

Échanges : la photographie à l'écart de l'action

Le pilier de l'industrie Paolo Pellegrin et l'étoile montante du photojournalisme, Ksenia Kuleshova, abordent les thèmes de la narration, des progrès technologiques et de l'importance de la communauté.
Une abeille boit le nectar d'une grande fleur avec un centre rose et jaune et des pétales violet et blanc.

Christian aime utiliser le flash pour photographier des sujets plus petits, comme cette abeille sur une magnifique fleur de Gustavia superba dans une forêt secondaire au Panama. « Les interactions entre les plantes et les animaux maintiennent des écosystèmes forestiers tropicaux sains, où les animaux sont responsables de la pollinisation de plus de 95 % des espèces d'arbres et dispersent les graines de jusqu'à 90 % de ces espèces », précise-t-il. Photo prise avec un Canon EOS-1D X Mark III à 21 mm, 1/250 s, f/20 et ISO 3200. © Christian Ziegler

Un toucan à carène est assis sur une branche ; il tient un petit fruit de palmier aux couleurs vives dans son bec.

Un toucan à carène se nourrissant de fruits de palmier. Les toucans jouent un rôle important dans la préservation des forêts, car ils aident à disperser les plantes à grosses graines et à régénérer les terres abandonnées. « Ils sont particulièrement importants dans les jeunes forêts », explique Christian. Photo prise avec un Canon EOS-1D X Mark III équipé d'un objectif Canon EF 600mm f/4L IS III USM et d'un multiplicateur Canon Extender EF 1.4x III à 840 mm, 1/800 s, f/8 et ISO 1600. © Christian Ziegler

Marc : Il y a quatre ans, je voulais photographier une martre des pins à 150 km de chez moi. Mon père m'y a emmené six fois avant que je réussisse à en photographier une. C'était en décembre, je crois, c'était fantastique à voir : je n'ai pris que deux photos.

Christian : Impressionnant. C'est le compromis : investir un peu plus dans le cliché, pour obtenir peut-être un meilleur résultat.

Marc : Y a-t-il des moments où vous n'êtes pas parvenu à prendre la photo ?

Christian : J'ai essayé de photographier un tigre au Bhoutan pendant un an et demi, et j'ai réussi à prendre une belle photo, mais je pense qu'il m'en faudrait une meilleure : il est un peu décentré sur celle-là.

Marc : Y a-t-il des animaux pour lesquels vous n'avez pas de photos ?

Christian : Oui, beaucoup. Les porcs orange du bassin du Congo : des troupeaux de 20 à 50 animaux. Je pense à beaucoup de petites créatures ressemblant à des belettes, dont il existe environ six ou sept tailles différentes. Des civettes, des belettes, des genettes, le chat doré. Il n'y a aucune photo de ces animaux à l'état sauvage. J'espère pouvoir prendre des photos d'un pangolin géant.
Un fer de lance commun est suspendu la tête en bas à une branche de figuier : il tient une figue entre ses dents.

Spécialiste des écosystèmes tropicaux, Christian passe beaucoup de temps à étudier un lieu avant son arrivée. Cette image d'un fer de lance commun (Artibeus jamaicensis) a été prise au Panama, dans le cadre d'un projet intitulé : Secondary Forests In Panama – A Hopeful Story. « Soyez patient et minutieux lorsque vous photographiez une espèce ou une zone », conseille-t-il. Photo prise avec un Canon EOS-1D X Mark II équipé d'un objectif Canon EF 24-105mm f/4L IS II USM à 35 mm, 1/80 s, f/20 et ISO 2000. © Christian Ziegler

Marc : Avez-vous capturé des images d'animaux auxquels vous ne vous attendiez pas dans les pièges photographiques ?

Christian : Oui. Un faisan qui est apparu et a dansé dans un piège pour un panda roux. Et puis, au fin fond de la forêt, un chien commun est apparu ! C'était à une journée entière du village le plus proche, je ne sais pas comment cela est arrivé. Il y a beaucoup de fausses alarmes ; des feuilles qui tombent, peut-être un brin d'herbe. La chose la plus courante est de ne rien prendre. Un papillon de nuit déclenche souvent le piège photographique, ou une chauve-souris.

Marc : Ça m'est arrivé aussi. Lorsque vous parvenez à prendre la photo, je pense que vous l'appréciez davantage après le défi. OK, j'espérais pouvoir échanger au sujet de la préservation.

Christian : C'est vraiment important d'en parler. Tout ce que je fais, je le fais pour la préservation.

Marc : Est-ce que ça a toujours été la chose la plus importante pour vous ?

Christian : Pas au début. Mais j'ai ensuite voyagé à Bornéo, en Thaïlande et en Afrique, des régions où la forêt est vraiment menacée. Il ne reste que 7 % de la forêt à Madagascar. Je choisis maintenant des projets qui mettent en évidence les problèmes de préservation : j'ai beaucoup travaillé sur les casoars, les bonobos et les caméléons, car ils sont tous menacés. Je fais la lumière sur ces créatures dans leur habitat naturel, car elles diminuent massivement et nous avons besoin de documenter davantage ce sujet. Bornéo est actuellement boisée à 27 %, mais dans 20 ans nous arriverons à moins de 10 %. La situation est pire en Afrique ; et à Madagascar, elle est encore plus grave. C'est pourquoi je pars au Congo, car c'est la dernière région où la chasse n'existe pas, et il est possible que cela perdure durant les 10 prochaines années.

Marc : Comment pensez-vous que la photographie peut aider à la préservation ?

Christian : Lorsque je publie dans GEO ou National Geographic, les gens découvrent cette région étonnante. Je parle avec le rédacteur pour lui expliquer à quel point la région est incroyable et à quel point elle est menacée. Quand j'envisage de travailler sur un projet, je me demande s'il contribue à la préservation de la nature. Si ce n'est pas le cas, je n'y vais pas.
Un serpent commence à avaler une grenouille accrochée à une plante ; toute la tête de la grenouille se trouve déjà dans la gueule du serpent.

Marc utilise normalement le flash uniquement la nuit ou lorsqu'il recherche une esthétique spécifique. Cette image incroyable d'un serpent mangeant une grenouille, que Marc décrit comme « la faune à l'état pur », a été capturée lors de sa première nuit dans le parc national du Corcovado, au Costa Rica. Photo prise avec un Canon EOS-1D X Mark III équipé d'un objectif Canon EF 100mm f/2.8 Macro USM à 1/250 s, f/4 et ISO 200. © Marc Albiac

Marc : Comment la photographie peut-elle influencer les gens ?

Christian : Le plus important est de fournir les informations pertinentes qui accompagnent l'image. Le tigre que j'ai photographié au Bhoutan existe là-bas parce qu'il est entièrement protégé des braconniers dans ce pays, mais il ne reste que 80 tigres au Bhoutan. Il est vraiment important de dire qu'il y en a si peu et que lorsqu'ils traversent la frontière indienne, ils finissent entre les mains des braconniers. Nous expliquons la situation pour soutenir le Bhoutan.

Marc : Je pense que des photographes très connus peuvent faire de la préservation. Mais la tâche est complexe si vous n'avez pas de magazine pour publier votre travail.

Christian : Je pense que c'est la raison pour laquelle les concours ont du sens, car vous parvenez à toucher de nombreuses personnes qui découvrent votre photographie et son objectif. Je pense que les concours sont aussi utiles pour nous permettre de rencontrer d'autres photographes, de trouver de nouvelles idées, d'échanger et peut-être d'apprendre les uns des autres, car nous sommes seuls quand nous sommes sur le terrain. La photographie est un travail très difficile ; vous avez besoin d'amis qui font la même chose que vous, qui vous écoutent. Savoir que vous n'êtes pas seul est important.

Marc : Un de mes rêves est de faire de la photographie de préservation.

Christian : Je pense qu'il faut voir les choses sur le long terme. J'espère que beaucoup de gens en feront de même. Mon conseil est de se spécialiser, d'être vraiment bon dans quelque chose, idéalement dans plusieurs domaines. Par exemple, spécialiste des pièges photographiques, spécialiste de la macro ou spécialiste du paysage. Le cas échéant, les gens penseront à vous.

Rédigé par Emma-Lily Pendleton


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