En 2022, vous avez photographié le massacre de Bucha, une ville située au nord-ouest de Kiev, en Ukraine. Pouvez-vous nous parler de cette expérience ?
« Les soldats venaient de partir lorsque je suis arrivé. Plus de 500 personnes ont été tuées pendant l'occupation. Il y avait des cadavres dans les rues, à l'intérieur des voitures, dans les jardins, les maisons. C'était très difficile à voir et à photographier. »
Vouloir assimiler les événements dans un contexte en évolution extrêmement rapide et qui n'en laisse pas le temps, cela doit être compliqué pour quelqu'un comme vous avec une approche sociologique.
« En effet, il y a là une contradiction. Les personnes s'intéressent davantage aux événements lorsqu'ils viennent de se produire. Les faits d'actualité attirent l'attention. Lorsque vous prenez le temps nécessaire pour connaître et comprendre les détails, vous perdez une partie de cette attention. »
Vous êtes également rédacteur en chef pour Sonda Internacional, un organisme de presse à but non lucratif axé sur le climat. Votre mission consiste-t-elle en partie à conserver la crise climatique au cœur du dialogue mondial ?
« C'est l'un des objectifs. Mais le but principal est de produire un journalisme visuel à propos de la crise climatique. Nous avons décidé de fonder Sonda, car nous estimons que nous ne constatons pas les conséquences de cette crise de manière visuelle. Nous lisons des études scientifiques, nous avons accès à de nombreuses informations chaque jour, mais s'agissant d'un problème graduel, il est difficile d'en voir les conséquences. Tel est notre défi : créer des visuels percutants sur la crise climatique. »
La plupart de vos photographies sont extrêmement percutantes. Cela doit laisser des traces. Comment gérez-vous cela mentalement ?
« Je me dis que ce que je fais en vaut la peine, que l'histoire sur laquelle je travaille est utile. Je souffrirais beaucoup plus si j'étais un spectateur passif en train de regarder un événement sans ne rien pouvoir faire. Cela m'aide de me dire que ce que je fais a du sens. »
De quel équipement Canon ne pourriez-vous pas vous passer, et pourquoi ?
« Le 35 mm a toujours été ma distance focale préférée, c'est pourquoi le Canon RF 35mm F1.4L VCM est devenu un objectif si important pour moi. J'adore sa grande ouverture et la liberté qu'il m'offre pour travailler avec le type de lumière disponible qui m'attire. Bien sûr, j'utilise d'autres objectifs, notamment le Canon RF 24-70mm F2.8L IS USM : une grande partie de mon travail se déroule dans des environnements complexes, où tout va très vite, où les mouvements peuvent être limités ou où règne un grand chaos autour de moi, et sa polyvalence m'offre la flexibilité dont j'ai besoin pour réagir dans ces situations. Mais dès que j'ai la liberté de choisir, je me surprends toujours à revenir au 35 mm. Pour moi, c'est l'essence même de la photographie. »
Que pourrions-nous découvrir d'autre dans votre équipement qui vous aide à sublimer votre travail ?
« Mon passeport est probablement la chose la plus importante dans mon sac photo, après mes appareils photo. La plupart de mes projets commencent par un voyage. Il m'a conduit vers des lieux et des histoires qui ont façonné à la fois mon travail et ma façon de comprendre le monde. Sans lui, mon sac photo et moi n'irions pas très loin. »